Journal de bord – n°09

Du 5 janvier au 15 janvier 2020 – de Castro à Trevelin

Finies les vacances, on repart de Chiloé et on sait déjà qu’en quittant l’île on quittera également le soleil. La décision n’aura pas été facile à prendre mais cette fois c’est sur, on quittera bientôt la Carretera Austral. Toute cette pluie et ce froid qu’on a eu et qui nous attendent usent le moral. Sans compter que camper avec un enfant de deux ans sous la pluie est assez difficile. On est convaincus, c’est la meilleure décision à prendre. On repartira en Argentine et au nord chercher soleil et chaleur 😄.

Dimanche 5 janvier : Castro – Chaitén (3,5 km et beaucoup de bateau)
Le ferry nous attend en milieu d’après-midi. On s’occupera dans le mall qui est certainement le seul établissement public ouvert le dimanche. Carine fait quelques courses pendant que Paride reste dehors avec les vélos, Faustine avait entamé sa sieste sur le court trajet nous menant au centre ville. Après avoir mangé et tué le temps, on se dirige vers le ferry. Avant d’embarquer, on sympathise avec une famille allemande qui voyage en 4×4 avec : une caravane, une fille qui perd ses dents de lait et deux petits jumeaux à peine plus grands que Faustine. C’est cool, on a de la compagnie pour nous mais surtout pour notre petite durant ce long trajet. Les enfants s’amusent beaucoup avec les petites voitures et les parents aussi ! Après avoir lutté un peu on arrive même à faire faire la sieste à Faustine. On débarque finalement vers 22h à Chaitén pour retrouver notre cher Don Quijote, cette fois-ci on ne boit pas de bière et on n’y mange pas. Une petite chambre pas terrible mais pas chère avec un bon petit déjeuner pour le lendemain. Au préalable, on avait tenté notre chance dans l’hôtel adjacent mais le prix était prohibitif. Il est déjà tard et on se couche sans trop tarder, tout le monde est fatigué.

Lundi 6 janvier : Chaitén – Camping Yelcho (52 km)
On reprend enfin les vélos, ça nous avait manqué mine de rien. L’étape du jour est assez longue en distance mais plus ou moins plate. Le ciel gris nous offre une petite averse qui s’arrête rapidement et on peut sécher tout en roulant. A peine plus tard, on rencontre un compatriote sur la route, Reto, un fou qui est sur les routes depuis plus de 4 ans. Il nous raconte ses mésaventures du jour avec le seul mécanicien vélo du coin pendant qu’on avance tranquillement. Il est plus rapide que nous et finit par nous quitter. On le retrouve un peu plus tard dans le village suivant pour la pause de midi. Après avoir partagé le repas dans un abri bus et il reprend la route pendant que nous nous réchauffons avec une boisson chaude au café du coin. On savait qu’on allait le recroiser vers un spot de camping sauvage sous un magnifique pont haubané. Arrivés sur place, ça nous parait compliqué d’y passer la nuit avec Faustine et on décide de continuer la route jusqu’au prochain camping. Il accepte de nous suivre après avoir été convaincu par Carine et la bière qu’il pourrait savourer à l’arrivée ! La fin est un peu vallonée et parfois raide et la pluie nous surprend peu avant d’atteindre la destination. C’est un très joli camping qui offre un toit, un foyer et une table pour chaque emplacement. A peine arrivés, on retrouve nos amis du ferry. C’est décidé, on plantera la tente à côté d’eux et leurs voisins, allemands également. Ils nous proposent de manger un barbecue avec eux. On accepte non sans aller boire notre bière promise à Reto. Au restaurant (plutôt classe), trois autres cyclo-voyageurs nous rejoignent, un couple d’argentins et un allemand qui fait ses études au Chili. L’ambiance est vraiment chouette et on est presque déçus de devoir les quitter pour le barbecue. On se retrouve au coin du feu avec de la viande à profusion et le vin qui coule à flots ! C’est un peu compliqué au niveau du langage, on ne sait plus s’il faut parler espagnol, allemand ou anglais. Un mixte des trois s’impose ! L’autre couple, qui vit au Chili, est très sympathique aussi. On est finalement rejoint par un troisième couple, elle est allemande et son mari chilien. Une longue et belle soirée s’improvise au coin du feu. On boit un peu plus que de raisons et demain sera encore plus difficile. Il ne fait pas trop froid et la tente est bien à l’abri ce qui nous permet de dormir correctement malgré l’odeur de moisissure. Note pour plus tard, toujours sécher une tente humide avant de la plier pour une semaine.

Mardi 7 janvier : Camping Yelcho – Villa Santa Lucia (24 km)
On repart comme on est arrivés, sous la pluie ! Par chance, nos amis allemands se proposent de garder Faustine dans leur caravane pendant qu’on plie toutes les affaires. Vers midi on part pour une longue et dure ascension, au début la pente est correcte et il ne pleut pas beaucoup. On croise beaucoup de cyclistes dont une femme qui nous demande si c’est bien nous les valaisans. Elle a croisé Reto qui lui a parlé de nous, c’est une Leytronaine ! On échange un peu au bord de la route mais la pluie nous refroidit et chacun reprend son chemin, on s’est promis de se recontacter pour un apéro. La suite est plus dure, la pluie s’intensifie et on se réfugie sous un petit toit en tôle pour manger deux sandwichs chaud du food-truck. On continue la dure et très pénible ascension avec la pluie qui ne nous quittera plus. C’est très difficile mais on tient le coup ensemble et Faustine est adorable. Arrivés au sommet on attaque la descente sur les freins, les projections d’eau dans les yeux ne nous permettent pas de rouler trop vite. Comme nous l’avait décrit notre amie valaisanne, on arrive dans un village mort et glauque. Villa Santa Lucia a été le théâtre d’un terrible éboulement en décembre 2017, la ville a été ravagée. On ne cherche pas longtemps avant de trouver une cabaña avec un chauffage à bois. Carine a encore pu négocier le prix et on a droit à un beau logement avec un grand espace couvert pour ranger les vélos et déplier la tente pour l’aérer et la faire sécher. Il fait vite trop chaud dans le logement et on est contents. Tout le monde passe à la douche avant de manger un mélange de lasagnes et nouilles (exquis). Faustine est fatiguée et se couche plus tôt que d’habitude même si elle ne dort pas tout de suite. On est fatigués mais heureux et soulagés d’être enfin au sec.

Mercredi 8 janvier : Villa Santa Lucia – Puerto Ramirez (30 km)
Toutes les affaires sont sèches ! C’est chouette mais dehors il pleut encore et toujours … Il nous faut pas mal de temps pour tout ranger et se préparer. On part finalement sans trop de pluie, ouf ! L’étape du jour n’est pas trop difficile sur le papier et le ripio n’est pas si mauvais. On croise un hollandais qui voyage avec son papa, il est parti depuis le Canada et son père l’a rejoint à Santiago pour descendre jusqu’à Ushuaïa. Ils sont fascinés par notre voyage avec Faustine et prennent plusieurs photos. La pluie s’intensifie, on abrège notre discussion. Les paysages ont l’air splendides et le lac incroyable avec ses lagunes mais la pluie et le ciel gris ternissent malheureusement le tableau. L’heure du repas approche mais impossible de trouver un endroit où s’arrêter, tant pis on fait l’impasse sur le repas de midi. Faustine, encore une fois, est chouette et ne se plaint pas. Arrivés à destination on se met en quête d’un logement. Les cabañas sont trop grandes et surtout trop chères. On trouve finalement une chambre pas terrible mais avec un espace en commun près du feu. Paride constate qu’un pneu de Touftouf est à plat et que les deux pneus sont très usés (encore). Il est temps de doubler l’intérieure du pneu avec du scotch pour le renforcer et demain on roulera avec moins de pression pour éviter les crevaisons. La propriétaire nous propose de nous faire à manger, on accepte le plat alléchant. Au menu on a droit à un filet de saumon (local) avec des patates, des tomates et une belle salade. C’est excellent et on se régale. Ereintés par l’étape du jour, on ne se couche pas trop tard. Faustine dort dans un lit et Paride par terre afin de lui offrir plus de confort, la journée a dû être rude pour elle. Au moment de payer la chambre et le repas, c’est la douche froide ! Le repas coûte presque autant que la chambre et elle a compté un surplus pour Faustine alors qu’on avait demandé une assiette vide pour elle. Le pire, c’est qu’on a eu trop à manger !

Jeudi 9 janvier : Puerto Ramirez – Arrayan (21 km)
Touftouf est complètement trempé, autant à l’extérieur qu’à l’intérieur. Il a droit à une place de choix devant le feu pour le séchage avant le départ. Aujourd’hui la météo s’améliore considérablement et le soleil fait rapidement son apparition. Quelle joie de le retrouver ! On enlève les couches au fur et à mesure, le GPS qui avait encore subit la pluie sèche gentiment. On s’arrête sur le bas côté de la route pour manger, il n’y a pas beaucoup de place mais c’est assez tranquille. On est rejoint par le Brésilien croisés quelques jours avant. Il a dormi deux nuits à Villa Santa Lucia pour essayer de réparer sa roue arrière sur laquelle il a cassé pas moins de quatre rayons. On discute pas mal tout en grignotant sous le soleil et la chaleur avant de reprendre la route ensemble. Ça fait du bien de retrouver le sourire, le partage et le plaisir de rouler malgré le revêtement pas très évident. Enio, le brésilien, est sur la route depuis très longtemps. On constate qu’on est tous les trois heureux de quitter le Chili. C’est un super pays mais les gens ne communiquent jamais et c’est toujours difficile d’avoir des informations, il est temps d’aller voir d’autres gens et d’autres mentalités. En chemin, Paride s’amuse à comparer les sommets de la Patagonie aux cimes valaisannes. A deux reprises on hésite à s’arrêter, le soleil et l’excellente compagnie d’Enio nous motivent à aller de l’avant. C’est tout ça de pris pour le lendemain. Finalement, on rejoint les cabañas qu’on avait repérées. Il est temps de se dire au revoir et peut-être à bientôt au Brésil ou en Suisse. Merci Enio, on a beaucoup aimé rouler avec toi ! L’accueil est fait par le jeune et maladroit fils des propriétaires. Il leur reste une habitation disponible et on peut encore une fois négocier le prix. Le logement est très chouette et récent mais sans cuisine ni chambre fermée. Ça fera l’affaire quand même. Il fait beau et on profite du soleil un peu. Papa aère les affaires pendant que maman et Faustine jouent avec un petit chat trop mignon. Le soir, on allume un joli feu aidés par la très sympathique propriétaire. Il fait trop chaud maintenant et on est même obligés d’ouvrir plusieurs fois la porte pour aérer ! On passe une très bonne nuit reposante dans un lit confortable.

Vendredi 10 janvier : Arrayan – Futaleufú (24 km)
Dernière journée difficile avant de se reposer à Futaleufú. C’est de plus en plus dur de rouler avec les pneus de Touftouf sous-gonflés mais on n’a pas le choix. Paride a l’impression de ne pas avancer et c’est le cas. Le ripio est de pire en pire, il y a de plus en plus de cailloux et tous les cyclistes qu’on croise sont dans le même état que nous : fatigués et lassés du revêtement. Chaque fois que la machine qui entretient les routes passe c’est le même problème pour les cyclistes, de trop gros gros cailloux qui nous déséquilibrent et empêchent d’avancer sereinement. On trouve un abri bus pour le repas de midi alors qu’on est à mi-chemin. Chaque kilomètre qui suit est pire que le précédent. Les courtes pentes sont très raides et avec ces cailloux et on doit beaucoup pousser. On a enfin fini de monter, mais les descentes sont pires. Il est presque impossible de rester assis sur la selle. On croise la « maquina » qui vient de répartir le gros gravier sur la route. Ce coup-ci, Paride doit pousser à plat aussi ! Heureusement on retrouve le goudron pour les quatre derniers kilomètres mais trop fatigué, Paride pousse sur toutes les montées qui ne sont pas très raides. On arrive enfin à destination. Le vent est très fort (on l’avait dans le dos heureusement). Après un échec auprès d’un hôtel, on se décide pour une cabaña tout confort : deux lits, un foyer, une cuisine aménagée et un abri pour les vélos. Carine pense avec raison qu’on a mérité un repas au restaurant. On trouve notre bonheur avec un buffet très bien garni. Après s’être remplis la pense, on rentre se reposer de ces dures journées qu’on a enchainées.

Samedi 11 au dimanche 12 janvier : Futaleufú pause
Samedi, comme prévu, la météo s’améliore chaque jour. La journée sera plutôt tranquille. On profite pour faire quelques courses et jouer avec Faustine autour de la maison. Elle alterne entre les deux trottinettes à disposition. L’amour du deux roues s’ancre gentiment. Ensuite, Paride profite pour faire un service en profondeur sur les vélos et Touftouf. Il commence par nettoyer de fond en comble la remorque (dedans et dehors), graisser les roulements et entretenir les fermetures éclair qui souffrent énormément avec la poussière. C’est au tour des vélos, nettoyage complet, graissage et changement de plaquettes de freins. Un petit coup de fil à Artur de Ferrero Cycles pour un petit conseil et Trevor est tout beau. Avec Simone ça se complique un peu. L’axe arrière du vélo est impossible à démonter, le pas de vis est abimé. En soit c’est pas trop grave, les plaquettes avant sont remplacées et s’il faut vraiment changer celles arrière c’est possible en démontant complètement le frein. Le problème est qu’en cas de crevaison on est tout simplement bloqués ! Assez de travail, on passe au réconfort. Une bonne bière artisanale chacun et un bon plat de pâtes (avec une deuxième bière) avant de rentrer se reposer.

Dimanche, il fait très chaud aujourd’hui, quasiment 30 degrés ! Ça nous change de la semaine passée et nous fait énormément de bien. La matinée est plutôt tranquille, Carine se balade un peu et Paride met à jour le carnet de bord. Après la sieste de Faustine on part se balader, c’est dimanche et quasiment tout est fermé. On avait repéré un petit lac mais il n’est pas du tout aménagé et on se rabat sur une jolie petite terrasse ombragée et engazonnée avec un coin enfant. Après l’apéro, on part en quête d’un restaurant, c’est toujours dimanche. On se rabat finalement sur le même restaurant que le premier soir. Ce coup-ci on a moins de chance, tout le buffet est composé des restes de la veille. Faustine fatigue après le repas, il est temps de rentrer la coucher et de profiter de notre dernière soirée chilienne.

Lundi 13 janvier : Futaleufú – camping Viña del Nant y Fall (36 km)
Aujourd’hui, on rejoint l’Argentine et on commence l’étape avec une première partie sur une bonne route goudronnée. Les contrôles à la frontière ne sont pas trop longs, environ 30 minutes en tout. Tout de suite après la frontière, on s’arrête pour la pause de midi dans un très joli camping abandonné au bord de la rivière Futaleufú. La suite est beaucoup plus laborieuse, un ripio très difficile avec de gros cailloux qui nous ralentissent beaucoup sans compter la circulation et la poussière. Il n’y a pas grand chose sur le parcours et on est obligés de rallonger l’étape de 15 km. On arrive finalement dans un très joli eco-camping bien entretenu, on dirait une oasis de verdure au milieu de toute cette poussière. Chaque emplacement a droit à son foyer et un branchement électrique. Les sanitaires sont très propres et il y a de l’eau chaude. On peut également profiter de l’espace en commun couvert et fermé pour y manger (quincho), on y prendra d’ailleurs le petit-déjeuner aussi pendant l’averse du matin.

Mardi 14 et mercredi 15 janvier : camping Viña del Nant y Fall – Trevelin (16 km)
On continue dans le ripio avec une maigre consolation : le vent est dans le dos. L’étape du jour est relativement courte, plate et se termine sur du goudron. Manque de chance, il y a un virage avant d’entrer de rejoindre la ville et maintenant les rafales de vent sont latérales. Elles nous font zigzaguer sur la route, surtout Touftouf qui a une « excellente » prise au vent. On termine par une longue ligne droite qui traverse la ville avant d’atteindre le centre. Il est l’heure de manger, on a très faim et il sont très lents ! Après le repas, Carine se renseigne auprès de l’office de tourisme et on se dirige vers une cabaña un peu trop chère mais en plein centre. La cabaña est un peu vieillotte mais parfaitement fonctionnelle. On profite des jeux au centre ville avant de rentrer cuisiner. Il fait un peu froid la nuit et on n’a pas réussi à allumer le chauffage.

Le programme de la journée de mercredi est chargé. Il faut refaire le stock de nourriture, trouver un mécanicien vélo pour acheter encore des pneus pour Touftouf et résoudre le problème avec l’axe de Simone. Après avoir grignoté dans un petit snack proche de notre hébergement, on part voir le mécanicien qui s’avère être un génie ! Il nous trouve une solution pour qu’on puisse démonter la roue de Simone, nous fournit de bons pneus ainsi que des gants vélo pour Paride. Faustine a même droit à un cadeau : un petit klaxon qu’on fixera dans Touftouf. Ce soir, on veut se faire plaisir. On trouve un superbe établissement qui sert de la bonne bière. C’est tellement agréable et sympa qu’on finit par y manger (gras et mal, qu’est-ce que c’est bon). En sirotant notre bonne bière, on voit débarquer une cyclo-voyageuse. On lui sourit niaisement et elle nous demande en français : c’est vous les sédunois ? Laurence est l’amie de Guillaume le neuchâtelois rencontré il y a quelques semaines et elle a rencontré le cyclo-voyageur allemand avec qui on avait discuté le matin même en faisant les courses.


Galerie photos du 05.01 au 15.01

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